Supertramp, band of the century [musichronicles]

garkham

Habitué
#21
Ne serait-ce que chez Supertramp, je le clame haut et fort, il y a aussi du Dave Gilmour dans le solo de Brother Where You Bound !... :sneaky:;)

(rrroh c'est bon, c'était juste une petite blague facile :D)
 

garkham

Habitué
#22
Tuez-moi. J'ai littéralement écrit un roman pour l'introduction et l'ensemble des titres d'un album de Supertramp très critiqué mais très cher à mon cœur... mais il n'arrive que dans mille ans. Tellement d'albums le précédant à chroniquer encore... :oops:
 

garkham

Habitué
#24
Je l'avais vue dans ton intervention sur le sujet vinyls... et ne t'inquiète pas, ça arrive. :sneaky:

Je peux même te spoiler...

Dans le top 2. :p
 
#25
1975 - Crisis? What Crisis?

Quatrième album du groupe, Crisis? What Crisis? prône résolument la continuité par rapport à Crime of the Century, l'album qui révéla Supertramp au grand public un an plus tôt. Il permet en effet aux cinq (mêmes) artistes de persister et signer dans leur registre si particulier, mais cette fois-ci avec l'assurance d'un public déjà conquis, qui leur manquait cruellement pendant les premières années. Il est pourtant souvent difficile de maintenir le cap après un album après un album phénomène, de la superbe trempe (tu l'as ?) de son ainé. Le groupe réussit néanmoins à remettre le couvert de manière agréable et qui ne dénote pas avec les sonorités ni les tentatives de l'année précédente.


COVER : ⭐⭐⭐⭐
Illustrant assez parfaitement et avec humour le titre de l'album, elle aurait pu être excellente si son rapport avec les morceaux qu'il recèle avait été plus évident. Bien sûr, en interprétant la crise comme le combat intérieur vécue par la dépression, l'échec ou encore le regard rétrospectif sur "tout ce qui aurait pu", on peut entrevoir le transat comme le seul petit îlot de bonheur dans le cœur et l'esprit ravagés du bronzeur, en déni du reste de sa condition. Mais ma prédisposition à aimer lire et écouter des dystopies m'a induite en erreur et chauffer à blanc. Alors, mon enthousiasme aura tôt fait d'être douché sur le contenu réel de l'album. Car point de grande analyse de société ici : le combat est intérieur. On n'y parlera "que" d'amour et de réalisation de soi. Et pour la peine, la couverture loupe la note maximale de pas grand chose pour ce faux espoir qu'elle a éveiller en moi.

Malgré ma bouderie, ce quatrième opus est un grand cru. Et pourtant, il est resté assez méconnu. Bien coincé entre les deux albums de 1974 et 1977 qui sont pour beaucoup parmi les meilleures réalisations du groupe, il n'aura vu que peu de ces titres passer sur les ondes (et à la postérité). Signe marquant : seul le titre Ain't Nobody But Me, son second single, se retrouvera ainsi dans le premier best of du groupe. On ne peut pour autant bouder son plaisir de retrouver les mélodies singulières et entêtantes désormais étiquetées Supertramp, et l'on se retrouve rapidement replongé dans leur univers.

On sent toujours bien dans cet album l'apport conjoint et la symbiose magique des deux leaders du groupe. Alors que la voix larmoyante de Roger Hodgson résonne sur la majorité des titres, Rick Davies nous gratifie d'une époustouflante démonstration de son talent d'instrumentiste et prend même le large en solo dans Another Man's Woman dont il sera auteur, compositeur, claviériste et chanteur, et qu'il prendra un malin plaisir à ériger en piédestal de son talent durant les concerts, surtout dès lors que son compère aura quitté le groupe.

(... et le tout faisant plus de 10'000 caractères, la suite dans le post ci-dessous)
 
#26
L'album comporte 10 titres :

EASY DOES IT : ⭐⭐⭐
Très bonne petite sucrerie pour commencer l'album. Une thématique très urbaine en introduction qui rappelle très légèrement le thème et l'illustration de l'album (et nous donne l'espoir qu'il sera traité), une inspiration japanisante bienvenue sur les cordes tout au long du morceau, on a plutôt le sourire. Mais le titre est si court (moins de 2 min 30) qu'il ne parvient réellement à rien développer au delà de ses premiers atours, ce qui le rend au final très oubliable dans la discographie du groupe. Rien de bien transcendant, mais un titre agréable toutefois.

SISTER MOONSHINE : ⭐⭐⭐⭐
Titre synthétisant à merveille l'ADN du groupe et taillé pour la radio (s'il n'était un tout petit peu long du haut de ses 5 min 30), il sera toutefois logiquement évincé lors du choix du premier single de l'album au profit d'un autre titre aux sonorités extrêmement proche mais encore plus puissant : Lady. Si cette ressemblance dans le groove comme dans le thème abordé (l'échec actuel, la négociation, l'espoir d'un mieux) aurait pu le desservir, il reste une excellent production qui a toute sa place dans vos sessions d'écoute. La couche instrumentale touffue et très pop accompagne à merveille la douce voix d'un Hodgson toujours parfaitement positionnée, dont on ne saura jamais s'il chantait ou s'il en pleurait le refrain. Gros coup de cœur pour les petites interventions de l'harmonica et de la flûte (Supertramp et les instruments à vent, un bon gros kink), ainsi que de la batterie dont le manque de discrétion apporte beaucoup à l'ensemble. Un titre dépaysant de prime abord et si naturel à la fois lorsque l'on connaît la discographie du groupe, merci.

AIN'T NOBODY BUT ME : ⭐⭐
Difficile d'évaluer ce titre. Très progressif et lancinant comme on les aime, elle semble pourtant manquer d'une assise solide du fait de ses parties très décousues qui ne tiennent pas vraiment dans un format ci court. Chaque partie est expediée, la partie chorale -soit environ les deux dernières minutes- est agaçante à souhait et fait littéralement perdre du temps aux autres développements, en particulier la superbe partition du saxophone. Heureusement que la guitare tient le bateau à flot et empêche le naufrage. Comme dit plus haut, c'est la seule piste de cet opus qui passera à la postérité du (premier) best-of... en étant pourtant loin d'en être la meilleure.

A SOAPBOX OPERA : ⭐⭐⭐⭐
Sans doute LA bonne surprise de ce début d'album, le titre nous enivre de sonorités calmes et prenantes dans une sorte de déclinaison gentillette mais remarquables des morceaux les plus progressifs de l'album précédent (pensons à School ou Rudy notamment). Les changements de rythmes chers aux deux leaders sont bien marqués, notamment pas de courtes transitions de batterie qui prennent à chaque fois aux tripes, et sonne comme une préparation à la merveilleuse pièce maîtresse de l'album suivant (surprise wink wink). Le piano navigue allégrement sur quelques octaves, soulignant d'autant la prestation vocale du groupe, Roger Hodgson en tête. Un titre très équilibré, sans grand moment flamboyant, mais dont on ressort avec la satisfaction d'avoir entendu quelque chose de simplement dense et bon.

ANOTHER MAN'S WOMAN : ⭐⭐⭐⭐
Ladies and Gentlemen, The Rick Davies Show. Lenteur et rapidité, jazz et rock, douceur et agressivité, orgueil et perfection. Un des seuls titres de Supertramp à ma connaissance qui prend réellement une tout autre dimension en concert puisque laissant toujours la part belle aux improvisations dantesques du pianiste. Ici, la batterie suit, c'est le piano qui mène la danse. Hodgson ne pipe mot et Davies sème les quelques graines qui assoiront la légitimité de sa position de leader à la suite du grand schisme de 1983. Une démonstration que Rick Davies n'est pas le faire-valoir de Roger Hodgson, mais bien que Supertramp est une aventure qui se construit à deux. Même si souvent, c'est en alternance.

LADY : ⭐⭐⭐⭐
Ah vous vous souvenez, 1974, nos premiers émois sur les accords supersoniques de Roger Hodgson ? Eh bien il remet le couvert ici, sans fard, des fourmis dans le bras, mais cette fois-ci accompagné de tout le groupe pour une partition générale beaucoup plus inspirée. Comme si tout le groupe avait compris qu'il avait en son sein quelque chose d'unique et de magique. Des décrochages, des accélérations, des montagnes russes : Hodgson fait chauffer le Wurlitzer littéralement comme jamais. En bref, ce titre est un véritable concentré de Supertramp, claviériste à l'honneur. Et on notera en plus l'utilisation d'un nouvel instrument vers la fin, la joue ! John Helliwell se la joue en effet (sans jeu de mots) Steve Warring et nous rythme le dernier tableau directement grâce à son minois. Un aboutissement ? Ma foi, sans tout vouloir spoiler, n'ayez crainte, Hodgson continuera encore a améliorer sa technique et son enrobage au cours des deux prochains albums, pour bientôt nous en livrer son pinacle majestueux.

POOR BOY : ⭐⭐
Comme il est rare que j'en fasse l'éloge même si je la sais indispensable à toute œuvre de qualité, on commencera par souligner le gros travail commun de la basse et du piano, qui savent nous immerger rapidement dans le grotesque et l'ironie du titre. Un propos certes triste en première lecture, mais à mon oreille avant tout très moqueur et donnant principalement envie d'en secouer le personnage dépeint pour qu'il en finisse d'abandonner. L'interlude à la clarinette est juste parfait, ne faisant que confirmer le talent de Helliwell et la non-gravité de la situation. La section finale bruitée à la bouche ajoute encore à la décomplexion et au burlesque.

JUST A NORMAL DAY : ⭐⭐
Deux salles, deux ambiances. La lenteur de la partition et la gravité de la basse dépeignent ici une autre lourdeur dans le discours. Dans la lignée de Poor Boy, la bonne humeur en moins, un vrai slow qui semblent aborder enfin de vrais problèmes sans une once de second degré. Les deux chanteurs se répondent dans deux styles différents, et la sauce prend autant qu'elle prend à la gorge. Tandis qu'un Davies sombre dans la depression, un Hogson s'en va vivre sa vie sans se retourner. Comme une brillante et brûlante confession sur les premiers déboires créatifs du groupe, un aveu anticipé de leur rupture à venir. Un titre retrospectivement très lourd, porteur de sens, et presque unique tant il rare d'entendre de tels échanges directs entre les deux têtes pensantes sans qu'ils ne virent en concours de la plus grosse... prédisposition musicale.

THE MEANING : ⭐⭐
Des sonorités et refrains entêtants... un peu trop pour moi. Longuette, répétitive jusqu'à l'écœurement, instrumentalement sans inspiration (à l'exception du solo de saxophone encore une fois, merci John), Hodgson forçant sur sa voix donnant plus l'impression d'une posture que d'une inquiétude sincère ou d'un vrai discours social, le titre frise la correctionnelle. We don't what the meaning of this song is. La chanson est tout de même sauvée par son introduction doucette et, comme dit déjà, son Helliwell ; non, c'est après que ça dérape.

TWO OF US : ⭐⭐⭐⭐⭐
Guitare sèche et longue collection d'instruments à vent pour nous faire quitter cet album en toute sérénité. Comme un pied de nez au quasi-désastre de la piste précédente, Supertamp -et Hodgson surtout- nous livre ici l'une des plus belles, profondes et planantes réalisations du groupe. Le chanteur pare sa voix de ses plus beaux atours, à la fois lointaine, lunaire et, encore une fois, larmoyante, il tape ici parfaitement juste et offre indubitablement le plus beau slow de sa carrière y compris en solo, en tous cas pour ma part. Le texte est puissant, le chanteur extrêmement touchant. Une chanson que l'on ne peux fredonner sans avoir la larme à œil, et sur laquelle on aurait aimer prendre la main de celle ou celui que l'on aime en secret pour venir sécher ses larmes de solitude dans une tendre danse à eux, dans cette soirée de fin d'année. Une immense, sublime et mémorable « au revoir » jusqu'au prochain album.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 3,59 => :D
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 3,58 => :D
 
Dernière édition:
#27
1977 - Even in the Quietest Moments...

Fort de leur tour de force musical et de leur relatif succès commercial des deux précédents albums, Supertramp avait bien mérité une grande tournée au cours de l'année 1976. Cette tournée, immortalisée tardivement par l'album pirate Is Everyone Listening? publié en 2001, entraîne logiquement une petite année sabbatique pour les productions studio du groupe. Leur cinquième album, Even in the Quietest Moments, mettra donc deux ans à voir le jour, dont quelques mois d'isolement en pleine montagne pour y trouver l'inspiration. Musicale comme graphique, d'ailleurs.


COVER : ⭐⭐⭐⭐
La jaquette du cet opus est une version certes retouchée mais tout à fait authentique d'une photo prise sur le lieu de villégiature de nos compères pendant l'élaboration de l'album. Ca plante le décor, vous en conviendrez, et ça introduit à merveille la majesté qui saura se dégager de certains titres qu'il contient. Il est rare d'avoir autant cette impression de ressentir cet environnement et ce calme nécessaires à la confection de morceaux de légende, et cette fenêtre ouverte que nous offre le groupe sur ces mois de travail intenses est tout autant poétique que transcendante. D'autant que l'album renferme pour moi l'un des trésors absolus du groupe. Pour Roger Hodgson comme pour la majorité des autres membres, c'est également le coffret de l'un de leurs plus beaux joyaux. Et nous nous rejoignons sur le coupable. Mesdames messieurs, veuillez vous pressez pour découvrir ce qui nous rend tous si euphoriques : Fool's Overture.

Parmi les raisons avancées par Roger Hodgson pour expliquer son départ du groupe, six ans et deux albums studio plus tard, l'une d'elle prend effectivement racine dès cette production. Sans obérer le désaccord sur le partage du leadership du groupe entre lui et Rock Davies, ainsi qu'une envie grandissante et attendue de composer seul (et sans doute aussi un peu leurs positions divergentes sur la drogue ayant allumées la mèche de quelques disputes), une production revient comme un marqueur hanter l'auteur, album après album. Le groupe y aurait selon lui atteint un tel degré de perfection que toute la suite n'aurait été qu'une plus ou moins grande déception, voire une déréliction.

L'immense succès commercial de leur prochain album Breakfast in America ne saura cacher qu'en partie la lassitude d'un Hodgson ayant déjà touché son nirvana. Et si l'alternance traditionnelle des titres entre nos leaders est toujours de mise, et toujours si centrale dans la production d'une montagne russe émotionnelle typiquement Supertramp, Even in the Quietest Moments plus que n'importe quel autre album auparavant nous étale le fossé grandissant entre les centres d'intérêt des deux auteurs. Quand l'un nous parle de relations amoureuses, l'autre nous parle de spiritualité. Quand l'un nous offre du rock, l'autre parle de pop. Quand l'un nous invite à nous lever et nous battre, l'autre préfère nous inciter à partager pour nous élever ensemble. Un album de peu de titres, tous longs, où la rupture est prégnante.

(... et le tout faisant plus de 10'000 caractères, la suite dans le post ci-dessous)
 
#28
6 titres précèdent ainsi la magistrale conclusion de cet opus :

GIVE A LITTLE BIT : ⭐⭐⭐
Sorte de mothership inattaquable du groupe pour le grand public, l'introduction de cet album manque pourtant cruellement d'audace et d'inspiration. La guitare sèche, le chant et les paroles en particulier sont d'une mièvrerie à toute épreuve, une sorte de soupe qu'Hodgson n'osera par la suite nous resservir qu'en solo. Mais croyez-moi, pour ceux qui aiment, il n'hésitera pas... Avant de tourner la page sans regrets, on notera toutefois un énorme travail de la basse sur l'ensemble du morceau, et plus ponctuellement du saxophone, pour nous sortir de la morosité pop ambiante. Très convenu, très commercial, on le sent bien, mais pas un mauvais bougre, ; il se laissera réécouter sans trop grincer des dents.

LOVER BOY : ⭐⭐⭐⭐
Le mariage de la basse et du saxo fait encore de merveilles sur ce titre, mais accompagne cette fois-ci une instrumentation et surtout des variations vocales beaucoup plus travaillées et intéressantes que l'on pourrait qualifier "typiquement Davies". Un rythme en perpétuel métamorphose, un chanteur à la voix transformée et électrisée juste ce qu'il faut (big up à Animals de Pink Floyd, on ne t'oublie pas, on reparlera de toi tout bientôt <3), le titre déroule sur quatre bonnes minutes une production taillée pour la radio mais pourtant très satisfaisante, glissant vers un faux fade out. Un faux vous dites ? Oui, mille fois oui, car le titre remet le couvert dans une accélération finale dantesque, portée par un clavier très céleste qui redonne un peps et une densité inattendu à l'ensemble et fait finalement regretter que le titre ne se conclut si vite.

EVEN IN THE QUIETEST MOMENTS : ⭐⭐⭐⭐
Dans ma vie d'avant, j'ai pu croiser certaines personnes plus vieilles que moi mais encore minots en 1977 qui n'avaient de leur souvenir d'enfance, et de leurs trajets de vacances en voiture avec Supertramp, que des chants d'oiseaux. Cette introduction si particulière au groupe, nous la devons à ce titre, qui aura donc plus marquer quelques gamins alsaciens que le reste du commun des mortels. Passée par trop inaperçue, cette chanson est pourtant très touchante et royalement interprétée par Roger Hodgson. C'est notamment une des premières chansons où il utilisera sa voix comme un véritable instrument, ce qu'il aura coutume de faire par la suite dans ses albums solo, notamment Open the Door. La clarinette est au top et le calme religieux qui s'en dégage à desseins nous plongent dans un écrin de douceur et de spiritualité, uniquement troublé par les « Don't » transperçants du chanteur. Ces interpellations, bienveillantes, nous invitent à nous questionner comme l'auteur sur notre rapport à Dieu et à ce qu'ils nous apporte. Et je vous le confesse volontiers, même pour un athée pur souche, ces lamentations savent toucher au plus profond. Ah-ommmh.

DOWNSTREAM : ⭐⭐⭐⭐
Un slow assez anecdotique signé Rick Davies, mais qui porte pourtant si bien sa patte qu'il en devient indispensable. Assez proche des productions solides qu'il développera plus tard une fois seul aux manettes du groupe (on pense notamment à Tenth Avenue Breakdown de l'album Slow Motion, le délire opéra rock en moins), Davies y propose ici un univers calme et reposant dans la droite lignée de la piste précédente, sa voix suave et terre-à-terre ayant remplacé les envolées cosmiques de Hodgson. Il y décrit un amour simple et puissant, appui suffisant à la construction d'un bonheur sans faille, et s'oppose en cela à la perpétuelle recherche d'une vérité supérieure nécessaire décrite dans le titre précédent. Un thème au piano accrocheur qui ravira j'en suis sûr les amis des jeux vidéos. J'y entrevois parfois mes premières amours de point & click sur Broken Sword, et tantôt mes premiers frissons dans le commissariat de Resident Evil 2. Ne me demandez pas pourquoi, ça doit être moi et mon oreille toute pourrie, où toutes les mélodies imparables au piano convergent juste en un bonheur et une explosion d'images infinis.

BABAJI : ⭐⭐⭐⭐⭐

Si j'ai appris une chose de Roger Hodgson en toutes ces années de fanatisme, c'est qu'il m'aurait été impossible d'enfanter ses chefs d'œuvre même si j'avais eu son talent. Il me manque pour cela deux ingrédients. D'abord la drogue auquel il doit quelques créations, mais ensuite et surtout la rédemption par la religion. Comme on le verra de plus en plus au fil des prochains albums, et en particulier dans ses œuvres solo, il doit à sa bigoterie la plupart de ses pièces maîtresses, la première d'entre elles étant sans doute celle-ci. Prônant son amour indéfectible pour son leader et guide hindou éponyme, il y clame de sa voix déchirante la voie inspirante qu'il s'attachera à suivre désormais. Véritable quête spirituelle, Roger Hodgson y parcourt donc le chemin seul, en dévot. A l'exception des exclamations du saxophone encore une fois hérissantes et indispensables, il y profite ainsi fort peu du talent de ses camarades d'aventure. Pourtant, il y cisèle une de ses œuvres majeures et les plus personnelles qui n'aura eu pour seul défaut que d'être éclipsée par son grand œuvre à venir. A l'instar de Davies juste avant, Hodgson nous offre un titre qui préfigure complètement ses productions solo lorsque celles-ci s’avéreront excellentes, à croire que chacun avance indépendamment ses billes pour s'accaparer l'amour du public.

FROM NOW ON : ⭐⭐⭐
Coincé entre deux productions imparables de son meilleur ennemi, la postérité aura pourtant choisi d'emporter ce titre pour des raisons que j'ignore. Non pas que la qualité en soit totalement absente, mais tout même. La cocasserie est maximale, de voir un titre au propos si prosaïque sortir du lot alors même qu'il est entouré d’œuvres si finement construites. Mais voilà. Comme souvent avec les chansons a priori "quelconques" du groupe, l'enrobage instrumental habituel labellisé Supertramp fait le taf : des interludes doux et mélodiques, un piano au top, un saxophone sucré, des percussions discrètes, tout concorde à accompagner un Davies d'un calme olympien malgré la routine et la dépression qu'il décrit. Mais alors pourquoi dans les best-of ? Peut-être pour des raisons de quota entre les deux chanteurs, ou peut-être parce qu'elle symbolise assez bien ce que le groupe vivra peu à peu dans les années à venir...

FOOL'S OVERTURE : ⭐⭐⭐⭐⭐
Le chef d'œuvre. J'hésite à vous en réétaler encore trois pages sur cette merveille, ma bonne dame, mais vous l'aurez compris, nous sommes sans doute en présence de la production du groupe la plus audacieuse et la plus remarquable de son histoire (quoique... suspens... wink wink...). Enfin une vraie pièce complètement progressive et totalement assurée, y compris dans son format. Si Crime of the Century, l'album, recelait déjà de nombreux morceaux complexes et géniaux, et si Crime of the Century, le morceau, renfermait encore plus un petit cœur de rockeur progressif qui nous faisait de grands clins d’œil, le groupe ne s'était plus essayé aux pièces magistrales de plus de 10 min depuis Try Again. Et lorsqu'Hodgson lâche les chevaux, plus rien n'est pareil, et tout devient mémorable. La piste alterne ainsi des tableaux aux sonorités éparses, mélées de motifs savamment disséminés pour nous entrainer au fil d'une œuvre qui transpire son unité. Le thème principal au synthé, magistralement joué par Roger Hodgson en studio comme en concert, est littéralement inoubliable (et pas seulement pour ceux qui en auront fait leur sonnerie de portable, j'entends). La reprise de ce thème avec le chœur de Rick Davies et John Helliwell est aussi imparable. Le saxophoniste n'est d'ailleurs pas en reste ; il nous gratifie d'une prestation sérieuse ponctuée de notes d'humour remarquée, notamment en concert. Le texte est aussi magnifique que synthétique, la voix qui le porte l'est encore plus, et la batterie, très axée sur les cymbales, galvanisante. La fin dissonante, très ancrée dans les codes du progressif, est un peu facile. Mais elle permet au groupe de signer ensemble la fin de cet album magistral, et à l'auditeur de reprendre son souffle après 10 min d'une apnée aussi jouissive qu'exaltante.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 3,87 => :D
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 3,96 => :D
 

garkham

Habitué
#29
Punaise les gens. Comme je suis un peu en mal d'inspi pour les commentaires d'albums, je suis en train de taffer le classement final... et j'ai tellement de mal. Autant les 5 premières places puis les dix derniers titres 5 étoiles ne me posent pas trop de soucis, pas plus que les meilleurs 4 étoiles, autant les places 6 à 10, c'est terrible ! Je sais qu'elles sont là et qu'elles ne bougeront pas, mais trouver un ordre dans tout ça me rend fou. J'en suis au moins à la dixième écoute du quintette et je ne suis pas plus avancé. J'ai quelques pistes, mais les certitudes changent à chaque écoute. Et les discussions que j'ai avec vous sur d'autres topics, vous qui mettez en avant vos chouchoux, n'arrangent pas mon affaire et me questionnent à chaque fois.

Sauvez-moi. ^^'
 
#31
1979 - Breakfast in America
(Eh beh, que cette critique aura été difficile à enfanter. Je m'excuse vraiment pour ce retard aux quelques personnes qui me liraient encore éventuellement. Pour les autres qui tombent là par hasard, bah bienvenue du coup.)

Bon. Ce n'est pas une surprise : 1979 - 2019.
Vous savez pourquoi on est là ? Breakfast in America.


COVER : ⭐⭐⭐⭐⭐
Exceptionnelle et mythique, la cover représente tout ce qu'on pourrait attendre ou rêver d'un album de rock, et encore plus d'un concept album. Évocatrice, incisive, fourmillant de détails et de clin d'œil, sans doute la plus grande réussite du groupe dans le domaine. Elle sera reprise et combinée à celle de Crime of the Century sur les premiers best-of du groupe, et les photos qui accompagnement le livret de l'album avec finesse et humour de ce morceau de culture américaine qu'est le petit-déjeuné dans un dining, très Goundhog Day.

Concentration assez exceptionnelle de chefs d'œuvre et d'immanquables du groupe, l'album pêche par son remplissage par quelques morceaux beaucoup plus oubliables. S'il n'arrive pas à la cheville d'un Crime of The Century, la faute est là, dans ses longueurs, ses errements entre deux classiques. Encore une fois, Supertramp nous propose une alternance entre les inspirations de Hodgson et de Davies, avec toutefois un peu moins de rigueur que dans l'album précédent. Il est assez amusant d'y retrouver les morceaux de l'un et l'autre cette fois-ci dans un album concept. Couvrant des thèmes similaires mais traités par leurs angles propres, certains en ressortent comme des jumeaux à bien des égards. Gone Hollywood ouvrant l'album et Child of Vision le clôturant en sont le plus flagrant exemple, tant leur structure est identique. Comme si deux visions d'un même idéal s'étaient confrontées au sein du groupe, calmement, en gentlemen, via leurs textes et leur génie, loin des tensions directes de leur dernière escapade montagnarde. Tout cela donne à l'album une certaine cohérence, malgré ses longueurs, et permet aux fans de retrouver tous les sons si particuliers du groupe tout en s'ouvrant toujours plus aux standards radiophoniques.

(... et le tout faisant plus de 10'000 caractères, la suite dans le post ci-dessous)
 
#32
10 titres à succès donc pour cet opus :

GONE HOLLYWOOD : ⭐⭐⭐⭐⭐
Très rapide dès son intro, comme pour montrer la vie à 100 à l'heure du groupe sous le feu des projecteurs, cette chanson traite de cette relation singulière entre un artiste et son (non-)succès. Le titre propose une mise en musique très aboutie de son discours, cultivant avec une certaine malice les ruptures de rythmes et les choix surprenants. Quand tout s'emballe, la guitare plaintive transperce le cœur de l'auditeur et se pose parfaitement à contre-courant des mélodies plus féeriques développées par les autres instruments. Certes, la fin en fade out dénote un peu pour qui s'attendait à une vraie conclusion à l'histoire. Certes, les chœurs en voix de fausset sonnent en de rares un peu déplacées. Mais aucune déception ne saurait masquer la voix parfaitement posée de Rick Davies sur chaque vers, de bout en bout. Ses accélérations, ses envolés, ses trémolos semblent tous nés pour épouser le flow de cette chanson et le chemin suave tracé par le saxophone. Une performance vocale incroyable qui sait saisir tout le mal-être de la ruée vers la gloire. Splendide.

THE LOGICAL SONG : ⭐⭐⭐⭐⭐
Première reprise remarquée des rythmes parkinsoniens de Hodgson, qui émailleront l'ensemble de l'album, ils s'accompagnent ici d'un chant inhabituellement lent et articulé, porteur d'un message aussi critique que troublant. La recherche de rimes riches tout au long du titre, toujours sur le même motif (à l'instar d'un Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai de Cabrel), sonne comme une curiosité parfois teintée de ridicule. Cette sensation sera encore renforcée par les percussions et lignes de guitare, théâtrales et pataudes, et les différents bruitages incongrus. La chanson décrit ainsi assez bien cette perte de repères et ce malaise que nous expérimentons tous à rechercher le sens de notre vie, et les clefs de notre rapport aux autres. A ce titre, les quelques incursions de Davies, entre canon et support, sont symboliquement (et musicalement) parfaites. Un morceau furieusement radiogénique et curieusement profond.

GOODBYE STRANGER : ⭐⭐⭐⭐⭐
Ah la liberté, le renouveau, l'envie de ne surtout pas se poser l'absence de toute responsabilité, un délice. Si le thème de l'album nous enjoint à lire ce morceau comme les tribulations d'un artiste surfant sur son succès, ou d'un rêveur le cherchant en encore, il pourrait sans doute résonné en chacun de ceux rêvant de faire table rase, quitte à laisser derrière eux les personnes qui les aiment (salauds !). On est bien loin des analyses sociales et envolées spirituelles auxquelles nous avait habitué le groupe, mais l'ingéniosité musicale et la maîtrise instrumentale fait vite oublier l'innocuité du sujet traité. L'envolée finale reste l'un des rares solo de guitare électrique du groupe. Elle, qui se fait d'habitude plutôt discrète dans ses productions avant le départ de Hodgson, fait ici clairement de job. Celui de symboliser le sentiment d'urgence ressenti à vivre une telle vie, et de porter haut le titre dans l'histoire du groupe.

BREAKFAST IN AMERICA : ⭐⭐⭐⭐
Sorte de mini-description des espoirs encore intacts de tout migrant arrivant dans le nouveau monde, rêve américain in a nutshell, le titre prend un malin plaisir à s'inscrire en porte-à-faux du précédent (à commencer par le nombre de conquête de son personnage). Il perpétue le concept développé dans tout l'album auquel il donne son nom et confirme le souhait du groupe de nous offrir une vision complète de son ressenti sur le succès et ses chimères. Les ponctuations du trombone et de la flûte imprègnent en outre le morceau d'une authentique sensation de fausse noblesse ridicule, so british, très pince-sans-rire, très Beatles. Le titre est malheureusement un brin trop court (très Beatles on vous dit !) pour vraiment en profiter. Il reste le pur big hit commercial de la mort qui tue la vie et qui la rend jamais (expression souvenir de collège, époque de ma révélation pour le groupe) mais ne saura surpasser le fantastique début d'album dans le cœur des puristes.

OH DARLING : ⭐⭐⭐
Si le titre n'est pas un ratage et profite de moments très mélodiques portés par un Wurlitzer intrigant, jouant quasiment sur les dissonances, on ne retiendra pas grand chose de ce milieu d'album. Après un début en fanfare assez fantastique, le retour à la réalité est difficile. Mais il prépare surtout au pire : un dernier tiers de morceau complètement insipide et irritant. On frise la correctionnelle...

TAKE THE LONG WAY HOME : ⭐⭐⭐⭐⭐
Cet harmonica, messieurs dames, cet harmonica ! 5 ans après Crime of the Century et sa poignante ouverture, cette chanson lui dédie à nouveau un espace à sa mesure et lui donne deux claviers pour l'accompagner en toute (sautillante) discrétion, et un saxophone pour dialoguer avec lui. Comme vous aurez le temps de vous en apercevoir quand je commenterai les réalisations de Roger Hodgson dans ses albums solo, je ne suis jamais très objectif lorsqu'il s'agit de parler de cet instrument forgé par les dieux. Il est donc bien normal que l'introduction de cette piste me mette le sourire aux lèvres. Pour le reste : une instrumentation dansante, touffue, recherchée, pour accompagner les solitaires dans leur grande marche vers l'introspection. La joie et la tristesse émanant simultanément à l'écoute des parties les plus denses est une illustration parfaite du déchirement de l'auteur, entre succès galvanisant et impression de faire les mauvais choix. Une très (très) belle pièce signée Hodgson, sans doute très autobiographique et précurseure de nombreux morceaux qu'il développera dans les années 80 et 2000.

LORD IS IT MINE : ⭐⭐⭐
Le titre apparaît un peu déplacé par rapport aux propos développés jusqu'ici sur la galette, comme issu de l'album précédant ou anticipant les productions solo d'un Hodgson toujours plus evangelisateur. Son rythme plus calme est sans doute nécessaire à la respiration de l'album, et cette petite intro au piano évoque en moi des souvenirs d'hôtel Ubu, de café, de musique, d'amour, etc. mais ça n'en fait pas moins une partition déjà entendue mille fois, et des sermons dont on se serait bien passé. La détresse dans la voix de Hodgson nous consolera un peu en nous rappelant l'excellent Two of Us, la recherche du détachement ayant ici remplacé celle de l'autre moitié. C'est peut-être juste ça, au fond, qui met ce nouveau morceau quelques crans en dessous.

JUST ANOTHER NERVOUS WRECK : ⭐⭐⭐
Continuant très logiquement le concept développé jusqu'ici, après la découverte de la terre promise, la recherche et la concrétisation du succès, le groupe entame la description de la pente descendante. Ce mal-être, lié à l'ennui de la routine et aux mauvais choix de ceux à qui tout à réussi, est ici décrypté sur une partition faussement sautillante toujours interprétée par l'indétrônable Wurlitzer. Très proche dans les intentions et instrumentations des deux titres introduisant et concluant l'album (mais en changeant le piano), il en manque finalement la fraîcheur et aussi un peu l'entrain. Du très bon néanmoins, qui rate de peu le mémorable.

CASUAL CONVERSATIONS : ⭐⭐⭐
Franchissant le dernier cap de la déprime, la star abandonne ici la dernière personne qui l'entourait encore. Si on comprend bien que le message suit celui du titre précédent, dont il reprend en quelque sorte les sonorités pour les déclinés sur une gamme plus sombre et un tempo plus lent, on ne pourra s'empêcher d'y entendre ce que pourront s'avouer nos deux leaders en fin d'album suivant à l'heure de la séparation. Et ce, même si leur entente fut exemplaire lors de l'accouchement de cet album-ci. Pas grand chose à dire de plus : on ralentit, on s'endort presque. Le texte est beau et triste, l'instrumentation grotesque et déprimante. Mais rien ne vient vraiment élever le débat.

CHILD OF VISION : ⭐⭐⭐⭐⭐
On l'apprendra bien vite, l'un des chevaux de bataille de Roger Hodgson est l'éducation et la protection de la jeunesse. S'il développera encore plus ces sujets dans ses albums solo, la présente piste est la première à être aussi incisive, et se fond très bien à la critique des us de la société américaine dans son ensemble. Sur des rimes finement ciselées où l'on ne sait qui est le père et le fils, l'Américain et l'Anglais, ou le Davies et le Hodgson, la chanson sait faire porter son message par une partition qui éveillera tous les kinks des fans que Supertramp. Les virgules au piano sont divines, la fusion des voix de Hodgson et Davies marche encore une fois du feu de dieu, et d'autant plus une fois remise en contexte de la critique masquée que s'adressait mutuellement les deux artistes par chansons interposées sur leur rapport au succès. La seconde moitié entièrement instrumentale est une véritable fuite en avant, sautillante et dérangeante, comme une machine inarrêtable. Cette sensation sera encore renforcée pour qui découvrirait les images du clip proposé en accompagnement de la critique Inside Supertramp de 2006, que je vous recommande d'ailleurs chaudement, lui-même assez proche dans l'intention du clip projeté en fond de Gone Hollywood lors des concert de 2010 (s'il fallait encore parler de la copie de carbone que représentent ces deux titres). Bref, une réussite indiscutable et un dernier morceau clairement à la hauteur d'un excellent album.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 3,95 => :D
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 3,94 => :D
 

JESUS

Habitué
#33
Il faudrait que je le rechoppe cet album, avec ton post je m’aperçois qu’il y a un grand nombre de mes chansons préférés du groupe.
 
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