Supertramp, band of the century [musichronicles]

garkham

Habitué
#1
Bonjour à tous,

A l'occasion du 40ème anniversaire de Crime of the Century et du retour en France de Roger Hodgson pour quelques concerts au début de l'été, j'ai une grosse envie de rafraîchir l'ensemble de mes avis sur l'intégrale des chansons du groupe. Pour les curieux, j'avais déjà fait l'exercice il y a fort fort longtemps sur mon blog situé en périphérie d'un forum de football (ah la jeunesse... allez Racing !).

Je vous propose donc ce topic pour échanger sur mon groupe favoris de tous les temps de l'univers du cosmos, et aussi, pour y présenter mon classement pas du tout objectif ni représentatif et assurément polémique de toutes les chansons du groupe (hors reprises live). Ça va venir au compte goutte dans quelques temps, le temps que je réécoute pour la millième fois le tout et que j'applique des critères bidons pour justifier mes choix.

A bientôt. :giggle:

PS: je sais que Breakfast in America est loin d'être leur meilleur album, mais il fallait bien trouver une raison. Alors disons qu'on anticipe le 45ème anniversaire de Crime of the Century, hein ? :sneaky:
Spoiler: les deux vinyls de @JESUS font partis de mes top tiers.


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Lien vers les musichroniques
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Présentation du groupe : ici
Supertramp (1970) : ici - avis des autres forumeurs : (xxiooup)
Indelibly Stamped (1971) : ici
Crime of the Century (1974) : ici et ici

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Petit point méthodologique
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Classement des chansons:
Le classement des chansons sera réalisé d'abord sur la base d'une note générale d’appréciation hautement critiquable variante de 1 à 5 étoiles dont la signification approximative est la suivante:
* ⭐⭐⭐⭐⭐ : Chef-d’œuvre intemporel de mon baladeur MP3, s'accompagnant derechef d'une incitation la plus vigoureuse envers chaque lecteur à en faire l'écoute.
* ⭐⭐⭐⭐ : Un ajout incontournable à toute les sessions d'écoute du groupe. Connu ou inconnu, il saura ravir les petits comme les grands.
* ⭐⭐⭐ : Un morceau solide dont le groupe peut-être fier. Sans doute en rien une pierre angulaire de mes recommandations, mais hey, vous êtes-là pour les découvrir ou bien ?
* ⭐⭐ : Meh. Sans doute quelques fulgurances pour rattraper le tout, mais à part pour briller en société, on va dire qu'avoir ce titre en tête est proprement superfétatoire.
* ⭐ : Doit-on vraiment remuer le couteau dans la plaie et se rappeler que ça vient d'eux ? Je ne crois pas non. Vraiment. On parlait de quoi déjà ?

Classement des albums:
La logique et mon amour trop prononcé pour les quelques chefs-d’œuvre du groupe auraient dû nous guider vers une moyenne quadratique, mais comme je suis un petit plaisantin et qu'on parle de musique, on va partir sur une moyenne... harmonique (ho ho) des morceaux composant chaque album. A la réflexion toutefois, c'est pas si bête, ça permet d'enfoncer un gros pieu dans les albums recelant une bouse, ce qui se rapproche plus selon moi d'une bonne réponse à la question "quelle album amener sur une île déserte". Car sérieux, qui voudrait troquer un album solide de bout en bout contre un album où deux chefs-d’œuvre sont gâchés par une fausse note qui envahira peu à peu votre espace mentale et celui de Wilson ? Le syndrome de Stockholm ? Très peu pour moi. Et parce que je fais ce que je veux d'abord, et qu'un album mythique de rock passe aussi par une cover inoubliable, j'ajouterai à cette moyenne une appréciation du sens et de l'illustration de la jaquette dudit album (wink wink Pink Floyd). Attention, préparez-vous à des arguments bien fumeux pour celles-ci (aussi).
* :cool: : Album mythique, improbable condensé de chefs-d’œuvre (moyenne => 4,50)
* :love: : Album indispensable à écouter de toute urgence (4,00 <= moyenne < 4,50)
* :D : Album excellent recelant de nombreux trésors (3,50 <= moyenne < 4,00)
* :) : Album majeur pouvant convaincre de nombreux mélomanes (3,00 <= moyenne < 3,50)
* :confused: : Album mineur pouvant contenir quelques bonnes surprises (2,50 <= moyenne < 3,00)
* :( : Album médiocre ne surprenant qu'en de rares occasions (2,00 <= moyenne < 2,50)
* :mad: : Album déplorable à fuir comme la peste (moyenne < 2,00)
 
Dernière édition:

garkham

Habitué
#3
Vu en concert il y a 3 ou 4 ans, un super souvenir!
Supertramp ou Hodgson ? J'ai vu Supertramp en 2010 pour le 70-10 tour et j'avais trouvé leur système de clef USB a acheté à la fin du concert absolument génial. Puis Hodgson quelques années plus tard à l'Olympia. Mais globalement je ne suis pas tellement un amateur de live.

Ça risque d'être chaud pour revoir Supertramp d'ailleurs vus les problèmes de santé de Rick Davis.
 

xxiooup

Habitué
#4
Alors je suis allé vérifier sur mon billet (je garde les billets de tous les concerts que je fais) et c'était bien Supertramp à l'affiche. Par contre je peux me tromper mais je suis quasiment sûr (que nous avons affaire à un serial killer... A non c'est pas ça) que c'était Hodgson au piano, il n'a chanté que pour quelques chansons (dont une très belle version de Give à little bit) et nous à fait un jam au piano de folie au milieu du concert.

Je laisse l'expert que tu semble être me dire si c'était bien lui ou non par rapport à la date de concert : c'était en 2011 (pu*ain 7 ans en fait... #coupdvieux)
 

garkham

Habitué
#5
Difficile à dire, j'étais en tout cas resté sur le fait que Hodgson n'avait plus jamais (jamais) rechanté avec Supertramp. D'abord parce qu'il s'est brouillé fortement avec Rick Davies, ensuite parce que la femme de Rick Davies aurait convaincu ce dernier de ne pas refaire de concert avec dans les années 2000... puis à cause de la maladie après 2011.

Mais peut-être as-tu assisté à un genre de concert unique. Dans ce cas tu as eu bien de la chance. Sinon, soit il s'agissait bien de Hodgson mais pas de Supertramp (peut-être brandé en "chanteur de Supertramp" pour le concert), ou alors il ne s'agissait pas de lui et c'est Rick Davies lui même (voix plus grave) ou bien Gabe Dixon (second piano pendant la tournée 70-10).

A noter que le chanteur support de Hodgson pendant sa tournée de 2012, dont je ne connais pas le nom, était aussi très très bon.
 

xxiooup

Habitué
#6
A priori c'était supertramp sans Hodgson... T'as cassé mon groove mec... Puisque c'est comme ça je quitte ce topic aussi !!
 

garkham

Habitué
#7
Je me suis permis d'ajouter un petit point méthodologique sur le classement à venir. Histoire de préparer mentalement les deux-trois lecteurs qui pourraient se perdre ici.
Et je préviens, après Supertramp, c'est à Electric Light Orchestra puis à Alan Parsons Project que je m'attaquerai. Peut-être même Jean-Jacques Goldman si je veux me faire des ennemis. Bref, tout ceux dont les intégrales trônent dans mon salon. :sneaky:

PS: @xxiooup, je compte quand même sur toi pour venir me taper dessus quand je dis trop de bêtises.
 

xxiooup

Habitué
#8
Je suis curieux de voir ton topic sur ELO, je ne connais que quelques morceaux (dont le fameux Starlight, qu'on peut entendre dans le genialissime reportage de d'Alex sur les shmup) ça sera l'occasion de découvrir, en copilote :D

Et je suis ce topic ci avec intérêt, et pour ce que ça vaut, team Pink Floyd a la vie à la mort me concernant mais je m'égare.
 

garkham

Habitué
#9
Starlight est loin d'être ma préférée de ELO mais on en parlera volontiers dans le topic consacré. Quitte à en prendre une célebre est du même album, j'opterai pour Mr Bluesky (4ème partie du Concerto for a Rainy Day) de la pub SFR. :D
Pour ce qui est de l'exercice sur Supertramp, en faisant la première passe sur Crime of the Century (pas mon album préféré à priori... mais finalement), je m'aperçois que ma moyenne est la même que celle de ProgArchives à 0.01 point près. Il est donc possible que ma méthodologie soit "acceptable". :ROFLMAO:

Edit: Après quelques heures de réflexion, j'arrive à quelque chose de plutôt proche de ProgArchives sur toute la ligne finalement. Oui, mon amour pour le premier album sans Hodgson ressort (Brother Where you Bound), de même que le dernier avec lui, mais hormis ça, on est étonnamment dans les clous avec cette méthodologie. Je dois encore affiner quelques notes et passer la nuit dessus, puis on verra.
 
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#10
Pour commercer comme il se doit ces chroniques, je vous propose une petite présentation des membres du groupe, disons, "historiques".
Les dates entre parenthèses représentent leur années actives dans le groupe jusqu'en fin de tournée 70-10, ne soyez pas si macabres.

Rick Davies (1970 - 2011) :
Seul tête de l'hydre encore gigotante après le schisme de 1983, le créateur et leader est celui qui présente à la fois le pire et le meilleur du groupe. Le meilleur, car il aura livrer sans doute les pièces les plus progressives sans même qu'elles en fussent les plus prétentieuses. Le pire, car il est aussi celui par qui le blues-tout-pourri et le mauvais goût y pointe parfois son nez. Un virtuose du jam néanmoins.
* Rôles : Auteur, Compositeur et Interprète.
* Instruments principaux : Chant, Claviers, Harmonica.




Roger Hodgson (1970 - 1983) :
Génie un peu perché à la voix de cristal, dotés de mains manifestement mécaniques lui permettant d'imprimer des notes plus rapides encore que Takahashi Meijin qui auront fait la gloire du groupe dans sa première décennie, cet éternel insatisfait est sans doute le premier forgeron de ce qu'on aura appelé le sophistico-rock. Sa petite bataille à la tête du groupe avec Rick Davies aura permis une émulation peut être unique dans le monde du rock d'alors, bien avant Oasis. Réécouter les albums dans l'ordre pour s'apercevoir que l'alternance entre l'un et l'autre est respectée au millimètre pour ne froisser aucun des deux est assez amusant, surtout quand on en voit les chefs-d’œuvre qui en sortent.
* Rôles : Auteur, Compositeur et Interprète.
* Instruments principaux : Chant, Guitare, Claviers.




John Helliwell (1974 - 2011) :
Monsieur Plus incontestable, factotum, celui par qui les chansons merveilleuses du groupe prendront une dimension encore supplémentaire lorsqu'il ajoutera les justes notes de son saxophone. Son souffle est un don des dieux, son humour est grand, il est autant l'un des saxophonistes les plus éclairés que le meilleur chauffeur de salle que le groupe ait jamais pu espérer.
* Instruments principaux : Saxophones, Bois, Chant.



Bon Siebenberg (1974 - 2011) :
Batteur historique, travailleur de l'ombre irreprochable et fidèle allié de Rick Davies, il accompagnera comme Helliwell le groupe de son second début jusqu'à la fin. Il y amènera bien plus que son simple talent, puisque son propre fils sera aussi de la tournée anniversaire et saura y conquérir le public.
* Instruments principaux : Batterie.



Dougie Thomson (1974 - 1988) :
Ah la basse. Celle qu'on remarque que lorsqu'elle manque, n'est-ce pas ? Eh bien, elle ne manquera jamais à Supertramp. Il livrera toujours des partitions remarquables jusqu'à la première dissolution du groupe. Homme d'honneur, il refusera de remonter sur scène pour la tournée anniversaire comme celle-ci programmera des chansons interprétées à l'origine par Roger Hodgson, nouveau coup de canif' du Rick Davies dans les accords verbaux qu'ils avaient conclus en 1983. En même temps, il avait rien en 1987 le Dougie, alors faudrait savoir, hein.
* Instruments principaux : Basse.



Mark Hart (1987 - 2002) : Merci monsieur, mais il va falloir penser à rentrer chez vous. Arrivé juste à temps pour l'album du naufrage du groupe, chanteur des titres les plus dispensables, sa voix plutôt agréable aura su pallier à l'absence de Roger Hodgson, faute de mieux. Mais vraiment, monsieur, maintenant, c'est fini.
* Rôles : Auteur, Compositeur et Interprète.
* Instruments principaux : Chant, Claviers, Guitares.




Richard Palmer (1970) : Un petit tour et puis s'en va. Si la santé financière du groupe tout naissant ne l'a pas encouragé à rester dans l'aventure, il reste l'interprête du plus beau morceau du premier album du groupe, et sans doute également le co-auteur de celui du dernier, ironiquement, lorsque Rick Davies décidera de déterrer cet inédit plus de trente ans plus tard. Une boucle bouclée.
* Rôles : Auteur et Compositeur.
* Instruments principaux : Guitares, Chant.


 
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#11
1970 - Supertramp
(Pour rappel, ces billets seront une réédition et relecture de ceux déjà publiés il y a 12 ans déjà sur un autre site. Toute mes critiques seront reprises et retoquées pour considérer au mieux mon avis actuel sur les titres. N'hésitez pas à commenter et à m'engueuler si vos chouchous se font tailler dans le gras, j'en serai ravi. If anybody's listening...)

Album éponyme pour la première réalisation du « groupe historique » si l'on peut déjà les appeler ainsi. Ils ne sont en effet que quatre à l'époque, au lieu de cinq durant la période la plus faste, et seuls les deux leaders resteront après les deux premiers albums puisque Richard Palmer (guitare) et Robert Millar (percussion et harmonica) auront tôt fait de se séparer de leur camarades devant le maigre succès des premiers opus et les difficultés financières les accompagnant.

D'une source proche de l'inspiration blues de Rick Davies, l'album porte plusieurs couleurs, mais déjà un certain timbre très reconnaissable. Quelques sonorités et enchaînements instrumentaux d'une part, mais encore plus la voix si particulière du charismatique chanteur Roger Hodgson, montrent à qui veut bien faire se repencher sur ces premières productions que l'album sème bien les premières graines du futur succès de l'album Crime of the Century (1974). Déjà terriblement progressive pop, le style Supertramp devra encore attendre quatre années avant de s'imposer.


COVER : ⭐⭐⭐
Un beau symbole que cette fleur qui éclot en dégradé pastel, pour un groupe qui aura tout de même galéré à produire son premier album. Si le motif sobre et la composition très arciboldienne sont du plus bel effet, le rapport au fond de l'album, à son discours propre, est encore à questionner selon moi. Mais cela vient peut-être du fait que l'album manque simplement d'un discours propre réellement intelligible.

L'album s'appuie ainsi sur une ossature faite de morceaux lents, loin des frasques instrumentales d'un Rick Davies ou des partitions claviers supersoniques d'un Roger Hodgson par la suite. Le groupe n'ayant pas encore la chance de profiter des services de son trublion de saxophoniste multifonctions John Helliwell, il est surtout porté sur la guitare électrique. Les mélodies sont résolument progressives, mais au sortir d'une écoute complète, restent un peu trop douces dans l'ensemble. Le groupe essuie au final avec cette réalisation son premier échec, il se dira même que les concerts de Supertramp de 1973 (avant Crime of the Century, donc) comportaient plus de personnes sur scène que de spectateurs. Heureusement pour le fan que je suis, les deux leaders n'auront pas baissé les bras (eux)...

Ce premier album du groupe comporte 10 titres :

SURELY (intro) : ⭐⭐
Petite pastille tout douce d'à peine une demi-minute introduisant l'album, elle serait un parfait apéritif si l'on en saisissait réellement l'utilité. Loin d'être mauvaise ou mal interprétée, rien dans son texte, sa mélodie, sa présentation instrumentale ou la structure même de l'album n'en justifie la présence. Si elle apporte un semblant d'unité avec la reprise / poursuite du thème comme dernière piste de l'album, elle sonne surtout très vide de sens en comparaison des autres exemples se trouvant ci et là chez les autres groupes de l'époque (Alan Parsons Project, si tu nous regardes). Au final, elle donne donc plus l'impression d'un allongement de sauce de dernière minute pour compléter la face A que d'une friandise musicalement nécessaire à la proposition. Vous pensez aimer le thème ? Rendez-vous plutôt en fin de face B alors.

IT'S A LONG ROAD : ⭐⭐⭐
Mélodie entraînante et swing au rendez-vous pour ce titre mené par un claviériste tout en maîtrise. Rapide dans les passages instrumentaux, plus lent quand la voix vient les recouvrir, on appréciera ces quelques changements de rythmes qui rendent le tout moins monotone et surtout moins austère. On reste quand même plus proche d'un jam entre pote que d'une œuvre d'un groupe mythique de rock en devenir. Et on reste un peu sur sa faim quand on s'aperçoit que rien ne décolle vraiment jamais, le titre préférant se refermer sur une outtro toute douce au lieu de surenchérir sur les accords cinglants (et réussis) esquissés lors des deux ponts.

AUBADE (AND I AM NOT LIKE OTHER BIRDS OF PREY) : ⭐⭐⭐
Chanson calme une nouvelle fois, une voix lunaire sur une guitare assez berçante. C'est calme, très calme. Ça rappelle un peu la voix que prendra Michel Polnareff quelques années plus tard pour sa lettre à France, toute proportions gardées, car notre bon Roger ne réussira sans doute pas à faire dresser autant de poils sur ce titre. Vraiment très calme. Un manque palpable de variété dans l'instrumentation sans doute. C'est propre hein, mais calme. Il n'y avait vraiment pas besoin de mettre le micro à l'autre bout de la pièce comme ça. Au final, on aurait préféré que ce soit un petit trop plus moins calme.

WORDS UNSPOKEN : ⭐⭐⭐⭐
Magnifique slow du groupe. Pour une fois, le discours du chanteur (toujours Hodgson) ne demande qu'à être écouté, et l'histoire qu'il raconte n'est plus couverte sous de multiples couches métaphoriques inutiles. Si le titre ne se démarque pas forcement des autres productions radiophoniques de l'époque (en même temps, je sais pas hein, j'étais pas là), il s'avère terriblement touchant. Incroyablement même. L'interprétation tout en douleur de Roger Hodgson apporte ce petit plus qu'on attendait depuis le début de l'album, et l'usage très avisé de la guitare pour lui répondre sonne toujours juste. Two thumbs up.

MAYBE I'M A BEGGAR : ⭐⭐⭐⭐⭐
Sortant de son rôle d'auteur et compositeur pour la première fois, Richard Palmer nous offre ici plus qu'un aperçu de sa très jolie voix. Les échanges avec Roger Hodgson jouent à la perfection de plaintes chevrotantes et respirations halletantes pour supporter le propos du texte. On ne peut qu'être admiratif. La douceur, la tendresse même, dans ses voix comme dans la mélodie, font de la première moitié du titre un moment inoubliable. Puis vient cette cassure. Enfin, Supertamp se dévoile, et les changements de tempo surprenants semblables à un cassette qui se met en route comme une prémonition de la qualité de la suite de l’album. Une vraie petite merveille à découvrir.

HOME AGAIN : ⭐⭐
Qualité à venir on disait, mais faut quand même pas déconner, on va attendre la face B, hein. Comme il reste une minute à perdre là, on va une fois n'est pas coutume y mettre une petite chanson douce. Hodgson sait y jouer encore une fois sur son souffle pour donner à l'interprétation quelque chose d'intéressant, de propre au groupe, mais la sucrerie est beaucoup trop atrophiée pour qu'on puisse y entrevoir vraiment ce qu'elle souhaitait développer. Au final très dispensable, donc.

NOTHING TO SHOW : ⭐⭐⭐
Longtemps le pinacle du mauvais goût pour moi dans la discographie du groupe, clairement l'erreur de l'album dans mon esprit, j'ai laissé le sundrôme de Stockholm faire son œuvre pour finalement accepter d'y voir ses belles qualités plus que ses horripilants défauts. Des mélodies et textes qui tendent vers le psychédélique, une instrumentalisation saccadée et sans idée couverte de paroles qui tournent quasiment sur les trois mots du titre ; vous voyez bien, ce genre de chansons désagréables dont on ne peut plus se départir une fois entendue. Brrrh ! Mais voilà. Après presque deux minutes d'une terrible souffrance se cache son trésor, un passage instrumental tout à fait pinkfloydien, inspiré, complexe, construit, qui vient tout rattraper. On regrette presque que les chanteurs soient restés près du micro pour la reprise, et le rappel du calvaire qu'auront été les premières minutes.

SHADOW SONG : ⭐⭐⭐⭐
Une chanson douce oui, mais pas n'importe laquelle, et certainement pas chantée par ta maman. Le mélange des différentes voix du groupe est ici parfaitement maîtrisé et utilisé dans toute sa force pour nous arracher le cœur. L'apparition des instruments à vent (enfin !) est aussi bienvenue pour la qualité du titre que pour rappeler aux visiteurs du futur que c'est dans ses sonorités que se trouvera plus tard tout le sel de Supertramp. Difficile à décrire, mais parfait à écouter. En bref, un titre qui aurait pu être sorti en 1974 comme en 1983 et n'aurait certainement pas dépareillé dans les meilleurs albums du groupe.

TRY AGAIN : ⭐⭐⭐⭐
Ici se forge le groupe. Ici se forme le mythe. Marathon de douze minutes aux multiples facettes, toutes liées par un thème récurrent, cette pièce est le vrai premier tour de force progressif signé Supertramp. Même si quelques blancs s'éternisent juste pour faire style on est des intellos tout ça, la gestion très inspirée et tout en maîtrise des changements de rythme et d'ambiance est un régal, comme le sample de quelques mesures à peine voilé de la fugue de J.S.Bach (oh vous savez vraiment me prendre par les sentiments, vous) suivie d'une sorte d'improvisation guitare rock où rien n'est à jeter.

SURELY : ⭐⭐⭐
Comme promis reprise du thème initial de l'album, la composition est cette fois-ci développée comme il se doit. D'abord parce que le titre sait clore la proposition laissée en suspens une heure plus tôt, mais surtout parce qu'il l'enchaîne avec deux minutes d'une instrumentale tout à fait excellente. Un peu comme si tous les instruments venaient nous dire au revoir un à un, laissant traîner quelques notes douces et étouffées, nous invitant à les attendre jusqu'au prochain album. On le fera. Finalement la meilleure des "petites" pistes de l'opus.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 3,04 => :)
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 3,45 => :)
 

garkham

Habitué
#12
1971 - Indelibly Stamped

Deuxième album, deuxième échec pour nos deux leaders aux folles espérances, qui se sont séparés pour l'occasion des deux autres du groupe afin d'accueillir trois nouvelles têtes. Le groupe se cherche, et cherche surtout à faire éclore les deux plûmes qui le rendront bientôt célèbre. En attendant, encore un album qui passera inaperçu, donc, qui ne vaut pas plus que pour la curiosité un peu morbide de réécouter les premiers pas d'un groupe encore en construction.


COVER : ⭐⭐
Une pochette tout à fait en accord avec le thème exposé par le titre mais qui, en couleur comme en noir et blanc, manque beaucoup de relief et de nuances. Si elle est impactante par l'image choisie et son dévoilement sans concession, on a tout de même du mal à en percevoir une justification suffisante. Il y avait sans doute mieux à faire.

Indelibly Stamped se montre a priori plus varié que le premier opus. Alors que des titres comme Coming Home to See You reprennent et accentuent les envies de blues complexes de Rick Davies (harmonica en tête), on retrouve dans quelques autres le calme de la première réalisation du groupe. Nonobstant, en y écoutant de plus près, on y trouve une monotonie des plus étranges. Album où alterne le très bon et le plutôt mauvais, beaucoup de pistes sont affublées de titre courts, proches et se révèlent finalement assez interchangeables. De fait, on a de la peine à réellement s'attacher aux morceaux.

L'album continue de faire la part belle aux instruments électriques, tout en accueillant désormais un étonnant accordéoniste (Franck Farrell) et un saxophoniste salvateur (David Winthrop) qui oriente le groupe vers quelques-unes des sonorités éclectiques qui feront bientôt leur gloire. On y sent malgré tout, je pense, un manque d'envie notoire de la part des nouveaux membres du groupe, comme s'ils savaient d'avance l'échec qu'allait subir l'album et leur avenir très court au sein de Supertramp.

10 titres construisent cet opus :

YOUR POPPA DON'T MIND : ⭐⭐
Une ouverture au piano plutôt très engageante qui débouche sur un rock des plus banals et peu inspirés. Le pont instrumental tout au piano sait rappeller les talents de Rick Davies qu'il déploiera volontiers en live, mais les couplets et refrains chantés de concert par les membres de groupe n'apportent rien de plus qu'une grande crispation et répétitivité. Très fouillis et très plat à la fois.

TRAVELLED : ⭐⭐
Une bien belle partition de flûte introductive pour une chanson que l'on ne saurait décrire mieux qu'en reprenant les mots de l'auteur : « A reflective song, and the only track which has any of the melancholy mood of the first album ». Dommage seulement que le style de voix un peu effacé derrière la musique qu'a choisi Roger Hodgson pour cette chanson ait très mal vieilli. On s’ennuie ferme après les premiers couplets de ce titre qui s'allonge encore sur plus de quatre minutes, et qui finit par les vocalises typiques de l'auteur lorsqu'il manque d'inspiration. On t'adore Roger, mais si tu ne sais pas quoi dire, fait comme dans le premier album : abrège le tout après deux minutes, on ne t'en voudra pas.

ROSIE HAD EVERYTHING PLANED : ⭐⭐⭐⭐
Une chanson calme, une histoire triste sans début ni fin, un piano et un accordéon... ce genre de chanson que l'on écrit au fond d'un bar quand la nuit se fait noire. Et que l'on écoute ou que l'on se remémore en ces mêmes occasions. Si le titre peut passer inaperçu à la première écoute, il sait se tatouer dans notre peau pour nous rappeler par quelques frissons qu'il est tout de même l'une des grande réussite de l'album, une fois les premières notes à nouveau dans nos oreilles. Comme un gros feeling de Piano Man de Billy Joel, en remplaçant l'accordéon par un harmonica, deux ans en avance, et croyez-moi, ce n'est donc pas peu dire sur mon classement des chansons qui me mettent les feels.

REMEMBER : ⭐⭐⭐
Enfin une vraie nouveauté pour le groupe, l'apparition d'un saxophoniste en tant que membre a part entière, portant le rythme et les transitions. On retrouve donc un peu ici la force de certaines chansons de l'album référence du groupe (pas le mien, mais chut) : Breakfast in America. Et la voix cassée de Rick Davies, qui semble jouer avec et contre le saxo, est assez sympathique. On reste quand même bien loin de la maestria d'un Helliwell qui saura élever encore plus ce genre de partition pour en forger des titres mémorables.

FOREVER : ⭐⭐
Titre assez calme bourré de percussions lentes et lancinantes, ce blues à la Rick Davies pure jus est une belle illustration de la production tout à fait sans saveur qu'il saura dégainer à l'envi dès que l'émulation (ou la gué-guerre) avec Roger Hodgson n'est plus à l’œuvre. Loin d'être un mauvais titre, le morceau est un apéritif sans risque et oubliable sonnant comme une introduction à la piste suivante. Seul le saxophone sort un peu la tête de l'eau.

POTTER : ⭐⭐
Conduit et chanté par Dave Winthrop, ce nouveau blues un peu plus énervé apporte certes quelque chose d'unique à l'album (et à la discographie de Supertramp) avec cette voix de cow-boy en lead, mais se rélève malheureusement bien trop court et répétitif pour devenir culte. On tourne au final bien vite autour des mêmes accords et mêmes rimes,. La partition de guitare plutôt inspirée (et très joliment soutenue par quelques accords à la voix entre les deux refrains) se retrouve alors toute engoncée dans ce format un peu bâtard de moins de deux minutes et demi.

COMING HOME TO SEE YOU : ⭐⭐⭐
Un très bon blues en trois actes porté par un Rick Davies que l'on croirait chevauchant sa monture. Chaque partie du tableau est ici essentielle et les enchaînements tout en changements de rythmes font mouche : une courte première partie chantée d'un lenteur ahurissante ouvre sur seconde très sautillante et libératrice, elle-même conclue par près de trois minutes d'échange d'amabilités instrumentales incroyablement maitrisées. L'harmonica est en place, le clavier lui répond, et les deux s'envolent peu à peu main dans la main. Un titre globalement solide qui aurait pu trouver toute sa puissance en live s'il avait bénéficié du même traitement de faveur qu'un Another Man's Woman lors des tournées du groupe. Enfin, s'ils n'avaient pas voulu rayer de leur mémoire leurs deux premiers albums, j'entends.

TIMES HAVE CHANGED : ⭐⭐⭐
Chanson lente et touchante aux accents durs de guitare électrique. La voix cette fois-ci très plaintive de Davies, variant du nasal et guttural, tient tête au saxophone même dans ses mesures les plus graves. Un bon slow à la sauce Supertramp, auquel il manque malheureusement une envolée finale pour pouvoir prétendre à en faire un indispensable du groupe.

FRIEND IN NEED : ⭐⭐
Coincé quelque part entre le Rock & Roll et le Gospel, cette chanson entraînante mais tout à dispensable n'apporte pas grand chose à l'album, déjà rempli de titres au format similaire. Ici, seuls le chœur introductif, les ponts instrumentaux et les quelques jeux sur le rythme sont à remarquer et empêche le morceau de faire sombrer l'auditeur dans l'ingestion.

ARIES : ⭐⭐⭐
Marathon de plus de sept minutes où se côtoient des paroles écrites longtemps à l'avance et des improvisations. Un enregistrement en live pour une sortie d'album très plaisante, malheureusement trop complexe pour être radiogénique et trop décousue, vide de discours percutant ou trop peu enthousiasmante pour être vraiment intéressante en tant que pièce progressive. La traditionnelle piste longue où le groupe se fait plaisir, peut-être ici un peu aux dépends du public.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 2,40 => :(
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 2,64 => :confused:
 

xxiooup

Habitué
#13
Arf @garkham, tu vas trop vite, j'ai à peine eu le temps d'écouter le premier 3 fois que tu remet le couvert.

Alors pour le premier j'avais pour souvenir de l'avoir beaucoup apprécié à mes premières écoutes et en lisant ta critique je t'avais trouvé un peu dur. Donc j'ai commencé par une écoute intégrale sans ton avis sous les yeux et sans réels souvenirs de celui-ci (ceci étant facilité par ma mémoire de bulot anémique) puis une 2e écoute piste par piste avec tes critiques et enfin une 3e écoute intégrale.

Et globalement je suis sacrément d'accord avec toi en fait ! Après je pense que je réhausserai la note un peu et ceci s'explique par le fait que je suis un fan de Pink Floyd et de rock psychédélique et pour le coup cet album lorgne vachement vers ces 2 choses donc de facto j'apprécie cela.

Mes préférences :

Words unspokked, cette mélodie va me hanter certainement quelques décennies.

Maybe I'm a beggar : pour son côté jam bien San Francisco sound et le travail de structure et d'arrangement de l'ensemble.

Try Again : parce que cette chanson tu la colles telle qu'elle et elle s'intègre parfaitement dans le live à Pompei du Floyd et ça c'est grand !

Par contre pour le 2e album, j'ai commencé à l'écouter ce matin, et punaise j'ai du mal ! Je le trouve pas mauvais, je le trouve plat. Après je me suis arrêté en cours de route mais j'ai vraiment pas envie de le remettre. Je préfère me réécouter le premier. À voir mais je vais peut être bien passer mon tour sur cet album.
 
Dernière édition:

garkham

Habitué
#14
Wow tu cites les 3 mêmes chansons que moi, je suis trop heureux ! Si j'avais eu tes penchants, j'aurais sans doute ajouté Nothing to Show du coup, mais j'ai vraiment un trop gros passif avec elle.

Je ne veux pas spoiler, mais Indelibly Stamped n'est même pas leur plus mauvais album. Je le trouve juste encore surnoté sur Progarchives.

Actuellement sur la critique de Crime of the Century (petit album de rien du coup... hein...) et si tu es aussi studieux dans tes écoutes et tes commentaires, j'ai d'avance de la peine pour moi vu certains choix de "ne pas mettre 5*" à certains morceaux... ^^

Edit : Heureux que tu parles de Pink Floyd pour Try Again car j'avais nommément fait la comparaison dans ma critique d'il y a 12 ans, mais ils sont devenus tellement intouchables dans l'opinion des connoisseurs maintenant que les citer en comparaison de n'importe quoi attire souvent des foudres. Au moins, je ne suis pas le seul à entendre la ressemblance. :D

Edit 2 : Pour info Words Unspoken faisait parti de mon Top 20 en 2005. Mais comme j'ao finalement décidé de ne lui mettre que 4 étoiles (et même si c'est l'une de mes favorites à ce rang), elle va forcément un peu régresser. Là faute à un final "finalement" un peu décevant pour mes goûts actuels.
 
Dernière édition:

garkham

Habitué
#15
1974 - Crime of the Century
(où certains se rendront compte que sous l'excuse d'une critique de l'intégrale se cachait en fait surtout l'envie de vous chroniquer cet album... et j'espère d'ailleurs que mes pensées parfois fouillies ne vous empêcheront pas de comprendre tout l'amour que j'ai pour lui)

Après leur second album, le groupe se dissout. Mais l'acharnement de Roger Hodgson et Rick Davies est tel pour imposer leur style qu'ils décideront finalement de reformer Supertramp et cette fois-ci de prendre leur temps pour créer un nouvel album en adéquation avec leur style : Crime of the Century. Ils recruteront pour cela trois nouveaux membres, leurs compagnons sur Indelibly Stamped n'ayant, à l'instar des ceux du premier album, pas résister à l'échec commercial et à la précarité financière.

Apparaissent alors dans le groupe le brillantissime trublion saxophoniste John Helliwell, bientôt indispensable, le bassiste écossais Dougie Thomson et le batteur californien Bob Siebenberg. Deux ans de travail seront nécessaires pour la genèse de Crime of the Century, et la genèse de Supertramp tel nous le connaissons.


COVER : ⭐⭐⭐⭐⭐
Il n'est d'album de rock progressif mythique sans propos construit, et sans couverture à la hauteur de ce propos. La pochette de Crime of the Century est à ce titre un exemple du genre. Prisonnier de l'immensité de l'esprit, enfermé dehors, petit et impuissant devant l'infini et la complexité de l'univers, les quelques thèmes qui sautent aux yeux et se détachent du noir profond de la jaquette sont nombreux. Et tous trouveront leur développement au sein de l'album. D'autant que ces thèmes, souvent empruntés par le rock britannique, nous aura déjà donné et nous donnera encore parmi les plus beaux morceaux et les plus beaux lyrics de l'histoire. Un choix plutôt avisé.

Cet album signe, comme dit plus haut, le premier succès commercial du groupe, mais c'est aussi et surtout une réussite artistique. Certains, nombreux, le considèrent comme le meilleur album du groupe. C'est d'ailleurs également le cas de beaucoup de membres de Supertramp. Pour ma part, histoire de préserver un peu de suspens et de ne trop rien vous spoiler, j'avouerai juste qu'il est extrêmement dense en qualité puisqu'aucune des pistes n'est décevante, même en partie. Mais quelques autres productions ultérieures (3 pour être précis, ou 4 en comptant l'un album solo de Roger Hodgson) sont aussi dans la course. Je connais le résultat, mais ne piperai mot.

Crime of the Century, inattendu n°1 en Angleterre, doit sans doute son succès à son style particulier et sa juste répartition musicale entre piano, guitare et instruments en vent. Et pour mon petit coeur de non-musicien qvec des oreilles sensibles, surtout les instruments à vent d'ailleurs. Assez exceptionnellement, les huit titres de cet album seront tous retenus pour les « best-of » du groupe en plusieurs volumes. Le plus grand public ne se rappellera pas de l'ensemble, mais tout au moins de trois de ses titres phares. Quand on vous dit de choisir entre qualité et quantité.

(... et le tout faisant plus de 10'000 caractères, la suite dans le post ci-dessous)
 

garkham

Habitué
#16
8 titres de qualité, donc, pour cet opus :

SCHOOL : ⭐⭐⭐⭐
L'album démarre sur des premières notes un peu western, soufflées par un harmonica lointain, célèste, vite relayée par des sonorités électroniques très fouillées. La chanson proprement dite distillé son propos entre différents ponts musicaux, tous de très bon facture et tous différents. Tantôt des longs accords de guitares électriques, là un solo de piano sautillant sur une ligne de basse très audible, la partition est excellente. Et lorsque Roger Hodgson dégaine le texte, c'est pour une critique au vitriol d'un système éducatif oppressif près de cinq ans avant Pink Floyd. Le thème final est lui aussi magnifique et démontre enfin véritablement l'aisance au clavier de Rick Davies. Longtemps cantonné dans mon esprit à être le meilleur des "non-indispensables" de Supertramp, c'est un tel crève-coeur au moment de devoir valider cette page que je ne peux finalement me résigner à ne pas lui attribuer la note maximale. Car rien dans les presque six minutes du titre ne justifie ne serait-ce qu'un doute, un ennui, une grimace. Or donc, bienvenu dans le club des cinq, mets-toi à l'aise, et surtout fout bien tout mon système de notation en l'air, pépouse.

BLOODY WELL RIGHT : ⭐⭐⭐
Production la plus faible de cet album mythique, le morceau recèle néanmoins un premier sample qui aura indirectement éveillé au groupe tous les téléspectateurs en herbe fans de foot du dimanche matin. Et pas qu'un peu ! Une introduction au piano tout à fait mémorable, surprenante et solide, une minute pleine absolument parfaite de bout en bout suivie d'un court échange entre guitare et piano qui parachève l'un des moments les plus magiques de l'album. Ce qui suit en revanche, est une chanson célèbre mais pas vraiment au niveau du reste de l'album. Qu'on ne se méprenne pas, l'instrumentation est parfaite, la voix de Rick Davies est plaisante, et c'est même le premier titre où peut pleinement s'exprimer John Helliwell. Mais le tout ne soutient pas la comparaison à l'excellence du reste de l'album, d'autant que cette fin en fondu et sans panache sur le saxophone rappelle plutôt des pratiques de téléfilms que d’œuvre progressive.

HIDE IN YOUR SHELL : ⭐⭐⭐⭐⭐
En deux mots : un bijou. Moins connu que ses camarades de lice, elle possède un avantage non négligeable, celui de faire revenir sur le devant de la scène la voix lunaire de Roger Hodgson dans une envolée magnifique, comme à chaque fois qu'il parle d'amour. Pour une fois, elle est même appuyée par un chœur qui résonne et sublime ses propos. Triste chanson parlant de l'amour impossible entre personnes blessés, elle m'aura beaucoup marqué dans les périodes moins fastes de ma petite vie estudiantine. Tout n'est pas rose cependant, car le titre recèle vers la fin quelques prémisses de l'écriture parfois paraisseuse de Hodgson, préférant dans ses derniers couplets les rimes trop riches et les longues répétitions à un développement supplémentaire de son propos. Mais son entrain et son chant réellement déchirant d'amoureux transi suffisent à gommer ces imperfections... pour cette fois.

ASYLUM : ⭐⭐⭐⭐⭐
Cette fois-ci, c'est un Rick Davies très à propos qui nous montre la mélancolie de sa voix. Cette longue piste de près de sept minutes cultive le côté grandiloquent de toutes les longues réalisations de Supertramp, plusieurs tableaux et un excitant fouillis artistique. Les changements d'intentions dans la voix de Davies suivent ainsi parfaitement les tribulations de son personnage, sombrant dans la folie qu'il décrit et dont il se défend en s'adressant directement à l'auditeur. L'intervention de Hodgson en petite voix intérieure, ou en ami imaginaire selon votre compréhension des paroles, est tout simplement délicieuse. En tous ces points, on peut entrevoir quelques similitudes avec le Bohemian Rhapsody de Queen sorti l'année d'après. La musique reflète elle aussi totalement l'atmosphère et le propos, et supporte à la perfection un Rick Davies pathétique, au sens propre du terme. Un titre qui met les poils, à réécouter pour en découvrir et appréhender toute sa substance.

DREAMER : ⭐⭐⭐⭐
Le premier hit international signé Supertramp. Un peu basique une fois mis en opposition aux titres le précédant et le suivant dans cet album dense, il présente néanmoins l'intérêt incontestable de dévoiler au monde le péché mignon de Roger Hodgson, celui qu'il exploitera à l'envi durant le reste de sa carrière pour notre (mon !) plus grand plaisir : ses mélodies simples faites d'accords répétés rapides et obstinés, que certains appelleront pédales (bien que les notes ne soit pas tenues), mais qu'en l'absence de vraie terminologie unanime je me permettrai d'appeller simplement mélodies « parkinsoniennes ». Je ne sais pas vous, mais n'étant pas pianiste, je me demande encore comment un homme peut tenir cinq minutes une instrumentation contenant près de cinq ou six accords par secondes, aussi peu variés soient-ils. Je ne pourrai me permettre de parler au nom de tous, mais sur moi, l'effet est hypnotique et irrésistiblement accrocheur. Il donnera d'ailleurs lieu à certaines des plus belles réalisations du groupe lorsque la technique sera mariée à un morceau plus complexe. Pour son importance dans la discographie de Supertramp, ce titre reste donc indéniablement un must-hear.

RUDY : ⭐⭐⭐⭐
Subtil mélange de sonorités électriques et réelles, Rudy nous emmène avec ce titre littéralement en voyage dans le train avec lui. Tout est fait dans cette chanson pour que l'on se sente nous aussi transporté en pleine voie et en plein doute. L'intention est superbe. Construit dans sa première partie comme une pure chanson d'interprète solo (en l’occurrence ici Rick Davies) et dans sa seconde partie sur des échanges entre les deux leaders ponctués par des accords de guitare électrique et de longues notes du saxophone perçantes, ce titre ressemble finalement beaucoup à School dans sa structure. Peut-être même beaucoup trop pour pouvoir en soutenir la comparaison. Un peu comme si le premier duel entre les coqs du groupe s'était fini aux points. Un titre extrêmement solide dont les changements brusques de rythmes et de volume nous marquent au fer rouge, et qui finalement ne pêche que par quelques phases un peu longuettes et son propos plus personnel et plus flou que la chanson introductive de l'album. Car après tout, qu'est-ce qui nous dit que Rudy ne méritait pas tout ça ? He didn't dare.

IF EVERYONE WAS LISTENING : ⭐⭐⭐⭐⭐
Chanson triste, voix larmoyantes, chœur plaintifs, clavier et saxophone touchants... on est là encore dans le mal, mais c'est tellement bien. Le mariage des voix du groupe entier dans une chorale improbable touche droit au cœur lorsque l'on s'imagine que la troupe agonisante qu'ils dépeignent puisse être le Supertramp des albums précédents. Terrible évocation de la mort programmé des artistes auxquels le succès échappe, le titre sait insuffler un malaise digne de celui qui nous prend lorsque l'on se retrouve seul dans un restaurant vide ou une salle de spectacle sans public. On parlera peu de la musique. Sachez uniquement que la sobriété adoptée et la partition de flute entre les deux couplets sont d'une justesse incroyables. L'un des joyaux absolus et complément méconnus de la discographie du groupe. Mais ne partez pas tout de suite... oh no, please no, don't let the curtain fall : un joyau identique, il y en a un autre dans le prochain album, et d'ailleurs, cet album-ci n'est -clairement- pas terminé.

CRIME OF THE CENTURY : ⭐⭐⭐⭐⭐

Si la première partie, chanté par un Rick Davies tout en retenu, permet déjà à elle seule de faire du titre une merveille, c'est surtout son développement instrumental sur plus de quatre minutes, concluant l'album, qui en fait l'un des chefs d'œuvre du rock progressif des années 70 (si si). Qu'on résume bien ce qui succède au silence de Davies, car il s'agit ici sans doute des trois plus reconnaissables signatures du groupe : les accords vifs et répétés de Roger Hodgson (vous vous souvenez, Dreamer, tout ça), les notes lascives du saxophone de John Helliwell et les appuis mélodiques d'un harmonica toujours à sa juste place. Or donc, cette conclusion nous offrira tout d'abord des accords d'une guitare électrique plaintive et vibrante, qui transperce l'auditeur en quelques secondes, ou comment un riff de guitare peut seul vous faire tomber amoureux d'un groupe quand bien même la guitare n'aurait jamais fait parti de vos instruments de cœur (ne me regardez pas comme ça, on le vit très bien). Celle-ci ouvre la porte à une partition piano lancinante typique de Supertramp, mais qui sait ici prendre son temps et tenir en haleine jusqu'à l'arrivée magnifique du saxophone. Les deux dernières minutes ne sont alors qu'une discussion ciselée entre les trois instrumentistes sous l'égide d'une batterie et d'une basse toujours justes, en soutien. Les quelques notes d'harmonica, dans les dernières secondes, rappellent alors l'introduction de School. La boucle est bouclée, majestueusement, et Supertramp réussit son crime du siècle où les seules victimes.

NOTE GÉNÉRALE PERSONNELLE DE L'ALBUM : 4,43 => :love:
MOYENNE DES VOTES SUR PROGARCHIVES : 4,31 => :love:
 

garkham

Habitué
#17
Je viens à l'instant de craquer mon bénouze pour une place de concert de Roger Hodgson à l'Olympia en juin prochain... en mezzanine... au premier rang... extérieur...
Je suis au bout de ma vie. C'est pas comme si je l'avais pas vu déjà deux fois dont une à l'Olympia, hein. Tsss.
 

garkham

Habitué
#19
J'ai séduit ma compagne en partie en lui offrant une place pour le concert de Final Fantasy en 2013... car j'en avais acheté deux en pensant y emmener mon ex qui détestait les jeux vidéos.
La vie est faite pour vivre ce genre de moments. :LOL:
 

xxiooup

Habitué
#20
Heureux que tu parles de Pink Floyd pour Try Again car j'avais nommément fait la comparaison dans ma critique d'il y a 12 ans, mais ils sont devenus tellement intouchables dans l'opinion des connoisseurs maintenant que les citer en comparaison de n'importe quoi attire souvent des foudres. Au moins, je ne suis pas le seul à entendre la ressemblance. :D
Je vais t'avouer quelque chose, je déteste parler musique avec des conoisseurs... Dans le monde de la musique, les gens sont vraiment trop élitistes en règle général (et cela aussi bien en ce qui concerne les mélomanes "simples" que les instrumentistes).

Et en plus, je ne comprends pas ce qu'il y aurai de mal à comparer Pink Floyd à quoi que ce soit d'autre en plus, a fortiori quand on parle de grands groupes comme Supertramp (et oui, je le clame haut et fort, il y a du Dave Gilmour dans le solo de When a blind men cry, voila, c'est dit!) Je te comprends mon ami musical ;)
 
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